La pose d'un garrot tourniquet sur un blessé.

Un garrot tourniquet sert à contrôler une hémorragie externe grave située sur un membre, lorsque le saignement ne peut pas être maîtrisé efficacement par une compression manuelle. Ce n’est pas un accessoire de soin courant : c’est un dispositif d’urgence vitale, à utiliser avec discernement, en attendant la prise en charge par les secours.

La priorité reste toujours la même : protéger, alerter, puis arrêter le saignement le plus vite possible. Cet article explique quand utiliser un garrot, comment le poser correctement, et dans quels cas un pansement compressif ou une solution hémostatique peut être plus adapté.

Qu’est-ce qu’un garrot tourniquet ?

Un garrot tourniquet est un dispositif conçu pour comprimer fortement un bras ou une jambe afin de stopper une hémorragie externe grave. Il se compose généralement d’une sangle, d’un système de serrage et d’une tige de torsion permettant d’augmenter progressivement la compression.

La différence avec un garrot simple tient surtout au contrôle du serrage. Le système tourniquet permet d’exercer une pression plus stable et plus forte qu’une simple bande nouée. C’est précisément ce qui le rend utile dans une situation critique, mais aussi ce qui impose de ne pas l’utiliser pour une plaie légère ou un saignement facilement contrôlable.

Il faut aussi distinguer le garrot de secours du garrot utilisé pour certains gestes courants, comme une prise de sang. Dans un contexte de premiers secours, le garrot tourniquet vise à empêcher une perte de sang importante sur un membre supérieur ou un membre inférieur. Il ne s’utilise pas sur une plaie superficielle, ni sur une zone où la compression directe suffit.

Dans quels cas utiliser un garrot tourniquet ?

Un garrot tourniquet s’utilise surtout dans les situations d’urgence impliquant une hémorragie externe grave d’un bras ou d’une jambe. Il devient pertinent lorsque la compression directe ne suffit pas, n’est pas possible ou ne peut pas être maintenue dans de bonnes conditions.

Les cas les plus cohérents sont les suivants :

  • saignement abondant et continu sur un bras ou une jambe ;
  • plaie grave avec perte de sang importante ;
  • cas d’hémorragies où la pression directe reste inefficace ;
  • blessure impossible à comprimer correctement ;
  • situation où l’intervenant doit garder les mains libres pour alerter, sécuriser ou gérer plusieurs priorités.

À l’inverse, le garrot n’est pas adapté à une plaie légère, une coupure superficielle ou un saignement qui s’arrête avec une pression directe. Dans ces cas, une compresse, un pansement ou un pansement compressif peuvent suffire selon la situation.

Garrot, compression, pansement compressif ou hémostatique : comment décider ?

Le bon choix dépend de trois éléments : l’intensité du saignement, la localisation de la plaie et la possibilité de maintenir une pression efficace. Le garrot ne remplace pas automatiquement la compression : il intervient lorsque la circulation sanguine vers une zone blessée doit être fortement limitée pour contrôler une hémorragie grave d’un membre.

Situation observéeRéponse à privilégierObjectif du geste
Saignement faible ou modéré Compression directe, compresse ou pansement adapté. Nettoyer, protéger et limiter le saignement sans geste excessif.
Saignement important mais contrôlable Pansement compressif ou maintien de la pression. Maintenir une pression localisée sur la plaie.
Hémorragie grave d’un membre non contrôlée Garrot tourniquet. Limiter fortement le flux sanguin vers la zone blessée.
Plaie difficile à comprimer ou garrot impossible Solution hémostatique ou compression adaptée, selon le matériel et la formation disponibles. Agir sur une zone où le garrot classique n’est pas adapté.

La différence entre un pansement compressif et un garrot tient à leur mode d’action. Le pansement compressif maintient une pression localisée sur la plaie. Le garrot, lui, agit plus en amont sur le membre afin de limiter fortement le flux sanguin vers la zone blessée.

Dans une trousse de secours professionnelle, ces solutions ne s’excluent pas. Elles répondent à des niveaux d’urgence différents. Selon les risques de l’activité, il peut être utile de prévoir des garrots adaptés aux interventions d’urgence, en complément des compresses, pansements ou solutions hémostatiques déjà présents dans le matériel de premiers secours.

Comment poser un garrot tourniquet ?

Un garrot tourniquet doit être mis en place entre la plaie et le tronc, sur le membre blessé, puis serré jusqu’à l’arrêt du saignement. Il ne doit pas être placé sur une articulation. La logique est simple : obtenir une compression suffisante pour stopper une hémorragie grave, sans multiplier les manipulations inutiles.

  1. Évaluez la gravité du saignement. Vérifiez que la situation justifie réellement l’usage d’un garrot : saignement abondant, compression directe inefficace, blessure grave d’un bras ou d’une jambe.
  2. Placez le garrot au bon endroit. Positionnez-le au-dessus de la plaie, entre la blessure et le tronc.
  3. Serrez le garrot progressivement. Ajustez la sangle, puis serrez le garrot à l’aide du système de torsion jusqu’à ce que le saignement s’arrête.
  4. Bloquez le mécanisme. Une fois le saignement contrôlé, fixez correctement le système pour éviter tout desserrage accidentel.
  5. Notez l’heure de pose. L’heure de pose doit être transmise aux secours. C’est une information importante pour la suite de la prise en charge.
  6. Surveillez la victime. Restez attentif à son état général, à sa respiration, à sa conscience et à une éventuelle reprise du saignement.
  7. Ne retirez pas le garrot vous-même. Une fois posé, le garrot ne doit pas être desserré ou retiré sans relais par des professionnels formés.

Les erreurs à éviter avec un garrot tourniquet

Le risque principal avec un garrot tourniquet est de l’utiliser dans le mauvais contexte, de le poser au mauvais endroit ou de ne pas le serrer suffisamment. Un garrot mal posé peut donner une impression de sécurité tout en laissant le saignement continuer.

Les erreurs les plus fréquentes à éviter :

  • poser le garrot sur une articulation ;
  • l’utiliser pour une plaie qui pourrait être contrôlée par compression ;
  • ne pas serrer assez fort ;
  • oublier de noter l’heure de pose ;
  • desserrer le garrot après l’avoir posé ;
  • vouloir improviser un garrot alors qu’un modèle conçu pour le secours est disponible.

Un garrot commercial est préférable à un garrot improvisé lorsque le matériel est disponible. Les recommandations AHA/Red Cross indiquent qu’un garrot commercial est probablement supérieur à un garrot improvisé pour les hémorragies graves des membres, et rappellent que la pression directe reste le premier geste de contrôle d’un saignement externe. Consulter les recommandations AHA/Red Cross 2024.

Quelle place pour le garrot tourniquet en entreprise ?

En entreprise, la question n’est pas de savoir si le garrot est obligatoire partout, mais si le matériel de secours est adapté aux risques réels de l’activité. Le Code du travail impose un matériel de premiers secours adapté à la nature des risques et facilement accessible ; l’INRS précise qu’il n’existe pas de liste type universelle pour composer une trousse de secours. Voir les recommandations de l’INRS sur le matériel de premiers secours.

Un garrot tourniquet peut être pertinent dans des environnements où des blessures graves d’un membre supérieur ou d’un membre inférieur sont plausibles :

  • atelier avec outils coupants ;
  • chantier ;
  • maintenance industrielle ;
  • espaces verts ;
  • intervention terrain ;
  • environnement isolé avec délai d’arrivée des secours plus long.

La bonne logique consiste à partir de l’évaluation des risques, puis à adapter le contenu de la trousse : gants, compresses, pansements, solution compressive, garrot ou matériel complémentaire selon les situations réellement possibles.

Comment choisir un garrot tourniquet pour une trousse de secours professionnelle ?

Un bon garrot tourniquet doit être facile à repérer, rapide à mettre en place et capable de maintenir une compression stable. Le critère central n’est pas le prix ou l’apparence tactique du produit, mais sa capacité à être utilisé correctement dans une situation de stress.

Les critères utiles à regarder sont :

  • système de serrage clair et manipulable rapidement ;
  • maintien fiable une fois le garrot serré ;
  • tige de torsion robuste ;
  • zone permettant de noter l’heure de pose ;
  • format compatible avec une trousse ou un kit d’urgence ;
  • lisibilité du mode d’emploi ;
  • accessibilité rapide dans l’organisation du matériel.

Pour une entreprise, le choix doit aussi tenir compte de la personne qui utilisera le matériel. Une trousse destinée à un sauveteur secouriste du travail, à un agent de sécurité ou à une équipe terrain ne se pense pas exactement comme une trousse de bureau classique. Dans ce contexte, un garrot tourniquet avec système de serrage dédié peut constituer une solution cohérente lorsque l’évaluation des risques justifie ce type d’équipement.

Dans les environnements exposés à des hémorragies sévères, il peut être cohérent d’associer un garrot à un coussin hémostatique d’urgence ou à une solution compressive complémentaire, afin de couvrir plusieurs scénarios de saignement.

Ce qu’il faut retenir

Le garrot tourniquet est un dispositif d’urgence destiné aux hémorragies graves des membres, surtout lorsque la pression directe ne permet pas de contrôler le saignement. Il ne doit pas être présenté comme une solution universelle, ni comme un produit à utiliser sans discernement.

  • La compression manuelle reste le premier réflexe face à un saignement externe.
  • Le garrot est réservé aux hémorragies graves d’un membre, lorsque la compression ne suffit pas ou n’est pas possible.
  • Le garrot doit être posé entre la plaie et le tronc, sans être placé sur une articulation.
  • L’heure de pose doit être notée et transmise aux secours.
  • En entreprise, le matériel doit être choisi selon les risques réels, la formation des utilisateurs et l’organisation des secours.

Pour équiper une trousse de secours professionnelle, l’objectif n’est pas d’ajouter du matériel au hasard, mais de choisir des solutions cohérentes avec les risques de l’activité : garrot, pansements compressifs, coussin hémostatique, gants, compresses et accessoires de premiers secours.