Position latérale de sécurité (PLS) : quand, pourquoi et comment la réaliser
La plupart des gens pensent connaître la Position Latérale de Sécurité. La plupart des gens se trompent sur l'essentiel. Loin d'être un simple geste technique, la PLS est avant tout une décision critique, et la plus grande erreur n'est pas de mal positionner une main, mais de mal évaluer la situation. Ce qui suit pourrait non seulement vous surprendre, mais surtout vous donner les clés pour réellement sauver une vie. Basé sur les dernières recommandations officielles, voici quatre points essentiels qui vont transformer votre compréhension de ce geste fondamental.
Suspicion de traumatisme ? La PLS reste la priorité pour éviter l'asphyxie.
Pendant des années, le dilemme du témoin face à une victime d'accident était paralysant : faut-il la bouger pour l'aider à respirer au risque d'aggraver une blessure à la colonne vertébrale ? Cette peur a souvent conduit à une inaction dangereuse. Aujourd'hui, le changement de paradigme est total. Les recommandations sont claires : le risque d'une voie aérienne obstruée est une menace certaine et immédiate, tandis que l'aggravation d'une lésion de la colonne est un risque potentiel et secondaire. En d'autres termes, une victime qui ne respire plus n'a aucune chance de survie, quel que soit l'état de sa colonne vertébrale.
Pour rappel
Savoir réagir efficacement en cas d'urgence peut faire toute la différence entre la vie et la mort. C'est pourquoi la formation aux gestes de secours est essentielle pour tous. Que vous soyez un professionnel de la santé, un parent, un enseignant ou simplement un citoyen soucieux de la sécurité, apprendre les gestes de premiers secours peut vous permettre de sauver des vies.
Pour en savoir plus sur types de formations aux geste de secours et sur les techniques de premiers secours essentielles à maîtriser, nous vous invitons à lire notre article détaillé : Formations aux gestes de secours.
Pour citer directement les recommandations de l'European Resuscitation Council (ERC) : "Une victime inconsciente qui respire et présente une suspicion de traumatisme doit être mise en PLS car le danger de décès par asphyxie prime sur l'éventualité d'une aggravation d'une lésion nerveuse."
Ce que cela signifie pour vous est capital : cette directive vous donne le pouvoir et la permission d'agir. Elle lève la paralysie de la peur en vous rappelant que la priorité absolue, pour un témoin, est de garantir que la victime puisse continuer à respirer.
Femme enceinte : Le côté gauche n'est pas une option, c'est une obligation.
Voici une règle d'or méconnue mais vitale. Si la victime est une femme visiblement enceinte (à partir du deuxième trimestre), le choix du côté pour la PLS n'est plus une préférence, mais une nécessité médicale.
La raison est purement biologique. Le poids de l'utérus peut comprimer la veine cave inférieure, un vaisseau sanguin majeur situé sur le côté droit de l'abdomen. Cette compression peut réduire drastiquement le retour du sang vers le cœur, compromettant la circulation sanguine de la mère et, par conséquent, celle du fœtus.
La recommandation est donc une PLS sur le côté gauche, sans exception. Ce positionnement dégage la veine cave et assure une circulation optimale. Pour vous en souvenir, un moyen mnémotechnique simple existe : "Elle est mal à droite → on la met à gauche". Les secouristes professionnels affinent même cette position avec une légère inclinaison de 30° pour un soutien optimal, mais retenir "côté gauche" est déjà un geste qui peut protéger deux vies au lieu d'une.
Le vrai danger de la PLS : La confondre avec un arrêt cardiaque.
Contrairement à une idée reçue, les complications graves dues à une PLS techniquement imparfaite sont rarissimes. Le véritable danger, celui qui est à l'origine des incidents dramatiques, est une erreur de diagnostic de la part du sauveteur.
Le scénario le plus redoutable est de confondre une "respiration agonale" avec une respiration normale. Ces gasps — des mouvements respiratoires lents, bruyants et inefficaces — ne sont pas un signe de vie, mais un signe d'arrêt cardiaque. Une étude a observé que des témoins ont placé à tort 18,5% des victimes en arrêt cardiaque en PLS. Ce geste, pourtant parti d'une bonne intention, retarde la seule action qui pourrait les sauver : la réanimation cardio-pulmonaire (RCP).
Pourquoi cette erreur est-elle si fréquente et si fatale ? Des simulations ont montré que la PLS peut masquer un arrêt respiratoire. Seuls 52% des secouristes ont détecté l'arrêt de la respiration dans les deux minutes chez une victime en PLS, contre 82% chez une victime laissée sur le dos. La PLS rend la surveillance plus difficile.
Voici le point crucial à retenir : Pas de respiration ou respiration anormale = RCP. Respiration normale = PLS.
Un geste universellement enseigné... mais aux preuves scientifiques limitées.
C'est un paradoxe fascinant du monde médical. La PLS est enseignée par toutes les organisations de santé mondiales, et pourtant, il existe très peu d'essais cliniques de haute qualité prouvant sa supériorité. Une revue systématique de l'ILCOR (le comité international qui guide les recommandations de réanimation) de 2022 a même conclu qu'il existait "des preuves limitées" pour soutenir ou réviser les directives actuelles.
Alors, pourquoi ce consensus inébranlable ? Parce que son efficacité repose sur des principes physiologiques implacables (la gravité dégage la langue et draine les liquides) et sur l'absence de risques graves démontrés lorsqu'elle est correctement indiquée.
Loin d'être un dogme figé, le sujet continue d'être étudié. Les scientifiques ne sont pas inactifs. Des études récentes se penchent sur des détails très précis, comme le risque de compression du bras inférieur. Une étude de 2024 a d'ailleurs conclu que les différentes techniques de positionnement du bras étaient équivalentes et sûres, montrant que la recherche se concentre sur l'optimisation, et non sur la remise en question du principe fondamental. Cela nous apprend une leçon importante : en l'absence de données parfaites, le bon sens clinique et la logique physiologique restent parfois nos meilleurs guides pour agir.
Conclusion
La Position Latérale de Sécurité n'est pas un geste technique, c'est une décision diagnostique. Sa valeur ne réside pas dans la perfection de son exécution, mais dans la justesse de son indication. Elle est le bon geste, mais seulement au bon moment. En comprenant ces nuances, vous ne vous contentez plus d'apprendre une procédure ; vous acquérez le discernement nécessaire pour faire face à l'une des situations les plus critiques qui soient.
Maintenant que vous comprenez que le plus important n'est pas la perfection du geste, mais la justesse de la décision, vous sentez-vous prêt(e) à faire la différence ?